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Sur les traces des Miquelots

CHEMINS AUX ANGLAIS. De Cherbourg et de Barfleur Au Mont Saint-Michel
Le Mont Saint-Michel était un des grands centres de . pèlerinage de la chrétienté médiévale. Les Miquelots, nom donné aux pèlerins de saint Michel, ventilent du Royaume de France, d’Angleterre, d'Allemagne, d'Italie... Les pèlerins anglais qui débarquaient à Barfleur ou à Cherbourg traversaient les diocèses de Coutances et d’Avranches - correspondant à l'actuel département de la Manche. Plusieurs possibilités s'offraient à eux. Seuls deux itinéraires ont été choisis pour être réhabilités. Au total près de 400 km de chemins de terre et de petites routes. de campagne pour découvrir les paysages et les richesses patrimoniales témoignant encore, aujourd'hui du passage des Miquelots.
Le premier, dit "chemin de l'intérieur"; part de Barfleur, plaque tournante des échanges anglo-normands à l'époque ducale, longe le littoral avant de rejoindre Montebourg - cité sous la protection de saint Jacques - puis Carentan. Le chemin s'engage ensuite au cœur des marais du Cotentin qu'il traverse pair atteindre Périers. Puis, il suit une ancienne voie romaine menant à Coutances, cité gallo-romaine, siège épiscopal et centre d'un pèlerinage marial important: Le chemin traverse le bocage et fait étape à La Haye-Pesnel. A l'entrée de cette ville, l'hôpital Saint-Maur d'Hocquigny accueillait les "pauvres pèlerins". L'itinéraire. longe l'abbaye prémontrée de La Lucerne, lieu d'accueil, avant .de rejoindre la côte puis Genêts, ultime étape avant de traverser la haie du Mont Saint-Michel. Le second, dit "chemins côtier" part de Cherbourg et s’engage et s’engage sur les chemin intérieurs pour rejoindre Les Pieux et la côte ouest. ainsi le très fameux "sentier des douaniers" jusqu'en baie du Mont Saint-Michel. La qualité des paysages qu'il propose au fur et à mesure de la découverte lui confère un grand intérêt même si l'on peut penser que les voyageurs et les pèlerins empruntaient un chemin en retrait du littoral, plus court et ,mieux protégé des intempéries: Cette voie qui traversait les "villages correspond en fait aux actuelles. routes départementales, beaucoup trop dangereuses pour le marcheur contemporain. A Coutances, le chemin côtier rejoint te chemin de l'intérieur pour s'en écarter de nouveau. Au Sud de la cité, il suit le fuseau de l'ancienne voie romaine, ,qui menait à Avranches, puis s'infléchit en direction de Montmartin-sur-Mer; siège au .Moyen Age d'une importante foire internationale. Plis au Sud, le sentier mène à Granville, ville fondée pendant la Guerre de Vient Ans pour défendre la haie du Mont Saint-Mîchèl, avant de rejoindre Genêts .par la tâte. Sur les falaises du Cap de Carteret, l'ancienne église Saint-Germain dresse ses naines dans la lande balayée par les vents. Donnée en 1225 aux moines du Mont Saint-Michel, elle rappelle la légende de saint Germain, venu d'Ecosse pour évangéliser le Cotentin et qui affronta ici un terrible dragon.

La modeste église de Canville-la-Rocque abrite, dans l'ancienne chapelle seigneuriale un ensemble de peintures murales du XVIe siècle, représentant notamment la légende du pendu dépendu, l'histoire d'un jeune pèlerin sauvé de la pendaison par saint Jacques.
-Fondée .au XIe siècle, au cœur d'une bande immense et inquiétante, l'abbaye de Lessay offrait l'hospitalité aux voyageurs et aux pèlerins. Dédiée à la Sainte-Trinité; l'église abbatiale, urne des plus célèbres de l'art roman normand, fut magnifiquement restaurée après la terrible destruction de .1944. Face au Mont Saint-Michel, Genêts était au Moyen-Âge un port important, abritant un hôtel-Dieu et un prieuré dépendant de la célèbre abbaye Pour les pèlerins, c’était la dernière étape avant la traversé périlleuse des grèves. Aujourd'hui .port de- pêche, Bai-fileur; fut; avant le développement de Cherbourg, le port le, plus important du Cotentin,-point de passage au.. XI° et XII° siècles ; pour les rois, anglo-normands, les, marchands et les pèlerins d’outre-Manche. Fondée au XIe par Guillaume le Conquérant, l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Montebourg possédait des biens importants en Montebourg possédait des biens importants en Normandie et dans les Iles Le bourg, carrefour du Cotentin, fut doté d’une grande église gothique au XIVe siècle. Dédiée à saint Jacques, elle abrite deux statues du protecteur des pèlerins. A la frontière des diocèses de Coutances et d’Avranches, l’abbaye de la Sainte-Trinité de la Lucerne-d’Outremer appartenait à l’ordre des Prémontrés. L’église, construite au XIIe siècle, abrite un riche mobilier dont une statue de saint Michel datée du XIVe siècle. Edifiée sur une hauteur dominant les landes et la mer, la .chapelle de Lestre fut construite à l'époque romane et dédiée à l'Archange Michel. Ruinée. au XIXe siècle, elle conserve quelques sculptures anciennes dont une grande statue du XVe siècle représentant saint Jacques, équipé de la sacoche et du bourdon des pèlerins.
Au cœur des marais, Carentan au Moyen-Âge la porte du Cotentin et un marché important. Construite au début du XIIe siècle, la magnifique église Notre-Dame fut restaurée au XVe siècle, pendant la Guerre de Gent Ans. Prince de la milice céleste, l'Archange posé au début du XVIe siècle sur le pignon du bras sud du transept, apparaît comme autrefois au Mont Saint-Michel, entouré d'anges sonnant de la trompe. Dominant la campagne, cathédrale Notre-Dame de Coutances dresse sa silhouette élancée au-dessus des toits de la petite ville. Chef-d’œuvre du gothique normand, elle cache les vestiges de la cathédrale romane édifiée au XIe siècle par l’évêque Geoffroy de Montbray Elle abrite aujourd’hui plusieurs représentations de l’Archange (peinture murale du XIVe siècle, statue d’argent du XIXe siècle, vitrail du Jugement dernier).Fondé en 1234 par le Seigneur d’Hambye, l’hôtel-Dieu d’Hocquigny abritait malades et pauvres pèlerins sur le chemin du Mont Saint-Michel. Le bâtiment, détruit en 1929, présentait une grande salle commune bordée à saint Maur.

CHEMIN DE SAINT MICHEL
Au sortir de Caen, point de départ pour certains et de transit pour beaucoup d'autres pèlerins, le chemin montais le plus fréquenté était certainement celui passant par Bretteville-sur-Odon, Villers-Bocage, Coulvain, Saint-Martin-des-Besaces, Pontfarcy, Villedieu-les-Poêles. Cependant, il n'était plus possible de proposer cet itinéraire aux marcheurs des années 2000 du fait de l'emprise routière contemporaine (N 175 puis A 84) et de l'importance du remembrement. Il a donc fallu se mettre en quête d'un second itinéraire tout aussi pertinent d'un point de vue historique, conciliant en outre la sécurité et le confort des utilisateurs.
Le croisement de données historiques éparses a permis de retenir l'ancienne voie romaine qui reliait Vieux, capitale des Viducasses, située quelques kilomètres au sud de Caen, à Avranches, cité des Abrincates. Un des rares textes du Haut-Moyen Age (Translation des reliques de saint Sever) nous apprend que cet axe a en outre été emprunté à la fin du X° siècle par des clercs rouennais allant en pélerinage au Mont-Saint-Michel et passant par Saint-Sever, Préaux-Bocage et Evrecy à l'aller ou au retour de leur expédition. Le texte précise d'ailleurs qu’il ont emprunté le chemin publique (per viam publicam) pour leur voyage. Enfin, cette voie correspond pour sa plus grande part au "Grand chemin de Bretagne", qui a notamment servi de route de poste jusqu'à la construction de 1a route royale par Villers-Bocage à la fin dé l'Ancien Régime. Le courrier, les marchandises, les voyageurs et les pèlerins ont suivi cette route tout au long de l'Antiquité, du Moyen Age et de l'époque moderne. D'Etouvy à Saint-Sever-Calvados, ce "chemin historique" peut être déterminé avec précision grâce au "cadastre napoléonien", car il apparaît sous le nom de "chemin montais" dans ces documents. Au delà de Saint-Sever, notre "chemin de saint Michel" délaisse la dernière partie du chemin antique en direction d'Avranches pour se diriger vers Villedieu-les-Poéles, par un itinéraire de raccord. A Villedieu, le chemin retrouve en effet la voie traditionnelle des caennais vers le .Mont par Noirpalu, Le Grippon et Bacilly, pour se terminer juste en face du Mont-Saint-Michel à Saint-Léonard de Vains, siège d'un prieuré de l'abbatiale caennaise de Saint-Etienne. Cependant pour des raisons de sécurité, le marcheur passera par la Haye-Pesnel pour abourtir. à Genêts, avant d'entreprendre la fameuse et périlleuse traversée de la haie jusqu'au sanctuaire d ultime du pèlerinage.
Caen/Evrecy
Après la rue Caponière, citée dans une charte de 1083 comme étant "la rue par laquelle on va au Mont-Saint-Michel", le pèlerin traverse Bretteville-sur-Odon, centre d'une "Baronnie" ou vaste ensemble foncier appartenant à l'abbaye montoise. Il subsiste notamment l'ancien manoir médiéval et la grange récemment restaurée. Malgré les destructions dues aux combats de l'été 1944, ces communes ont pu sauver des monuments historiques de qualité : églises de Baron-sur-Odon (XIIIe s.), d'Esquay-Notre-Dame (XIIe s.) ou d'Evrecy (XIIIe-XIVe s.).
Ces deux dernières appartenaient elles aussi à l'abbaye du Mont. L'église Notre-Dame d'Evrecy conserve encore en remploi dans ses murs de précieuses sculptures préromanes provenant de l'ancienne abbaye, détruite au IXe s. par les Viking.
Hamars / Saint-Jean-le-Banc
Suivant toujours l'axe de la voie antique vers Avranches, l'itinéraire suit partiellement Ic chemin de crête traversant la foret de Campandré-Valcongrain et contourne ensuite le Mont-finçon. Il passe à proximité de la chapelle Saint-Célerin de Roucamps, objet d'une importante dévotion locale qui s'est maintenue jusqu'à nos jours, et du site d'une chapelle privée dédiée à saint Michel, érigée en 1577 dans l'enceinte du manoir de La Suhardière, aujourd'hui disparue. Cette fondation, placée sous la protection de l'Archange peseur des âmes au jour du Jugement dernier, avait été érigée pour le repos (le l'âme de plusieurs dignitaires de l'Église. et en particulier de deux abbés du Mont-Saint-Michel et évêques de Lisieux : le cardinal Le Veneur (1523-1543) et son successeur, le cardinal d'Annebault (1543-1558).
Saint-Jean-le-Blanc/Le Bény-Bocage
Le chemin de saint Michel emprunte le chemin de crête (GRP) qui domine la plaine de Vire et s'écarte donc légèrement de l'axe de la voie antique qui suit quant à elle un axe nord-est /sud-ouest. L'ancienne voie ne passait pas par Le Bény-Bocage mais par Le Désert (prieuré bénédictin) et par Beaulieu. La qualité des paysages et les structures d'accueil existant de nos jours au Bény-Bocage expliquent ce léger crochet.


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